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​ « Discrimination cantonale »

Lundi 18 Mars 2019

Lundi 18 Mars 2019

Faire passer les cantons encore davantage à la caisse. En voulant exiger 30% de cofinancement pour les contributions paysage, réseau et ressources, l’administration fédérale tente de corriger ce qu’elle n’a jamais digéré : l’abaissement de 20 à 10% du cofinancement cantonal, décidé par le Parlement lors de la PA 14-17. Demander 30% pour partager la poire en deux et revenir aux 20% de l’époque, la tactique est peu habile, pour ne pas dire grotesque. Il serait au contraire même justifié que la Confédération assume elle-même l’entier du financement, eu égard aux taches exécutives remplies par les cantons dans la mise-en-œuvre des projets régionaux.

Certains diront : autant faire payer davantage les cantons pour obtenir globalement plus d’argent pour l’agriculture. Les choses ne sont pas aussi simples, compte tenu de la situation financière tendue de nombreux cantons dont le Jura, notamment en raison du report de charges et de tâches de la Berne fédérale. De quoi provoquer « de la discrimination cantonale » comme l’a si bien résumé un jeune agriculteur lors des assises d’AgriJura.

L’enjeu est conséquent. Si le projet de PA22+ passe tel quel, l’affaiblissement des contributions à la sécurité de l’approvisionnement serait à rattraper pour l’essentiel sur d’autres types de soutiens comme les systèmes de production ou, à nouveau, sur la biodiversité et le paysage.

Pour le Jura, 20 millions de francs pourraient être à récupérer sous d’autres formes, soit 1/5e des paiements directs actuels. Même si la contribution de transition atténuera le passage à la PA 22+ et compte tenu du fait que de nombreuses exploitations ont déjà renforcé leurs prestations environnementales, il sera difficile de compenser l’abaissement des soutiens à la sécurité de l’approvisionnement d’autant plus en devant se rabattre sur des contributions dont les cantons n’auraient pas tous les moyens de cofinancer.

La Confédération doit cesser de relativiser et de minimiser la portée de la PA 22+ sur les exploitations. De la part de la Confédération, demander beaucoup pour obtenir un peu ne tient ni de la consultation ni de la négociation mais véritablement du marchandage de tapis. Il est grand temps de revenir à la raison et de corriger le tir.


Michel Darbellay, directeur AgriJura

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