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Survivre dans un marché incertain; quel avenir pour mon exploitation?

Compte-rendu de la présentation de M. Martin Pidoux, professeur et chercheur en Politique et marchés agricoles à la HAFL Zollikofen


Survivre dans un marché incertain ; quelles stratégies pour mon exploitation ?

M.Pidoux se présente et annonce à l’avance qu’il posera un regard critique sur l’agriculture. Pour lui, l’agriculture ne doit pas toujours être l’élève qui passe ses journées dans les « jupons de la maitresse ». Elle doit se défendre et prendre ses responsabilités et son destin en main. En ce sens, l’esprit démocratique qui règne dans les milieux agricoles est une valeur sûre et importante. C’est peut-être une valeur à promouvoir. En préambule, quelques points caractéristiques de l’agriculture suisse sont présentés.

· Le petit bassin de population de Suisse demande une stratégie économique tournée vers l’exportation. C’est indéniable et inévitable.

· La situation des agriculteurs est très particulière et la pression est bien différente des autres secteurs de population.

· L’indépendance des exploitants est une chance, mais elle se paie par la prise de risque. Il faut aussi avoir le courage de changer malgré les pressions, qu’elles soient familiales, venant du pairs ou des consommateurs.

· L’agriculture est un secteur qui est très bien épaulé au niveau politique suisse. Mais il vit dans un environnement suisse très contraignant.

"L'agriculture est secteur bien épaulé (...). Mais il vit dans un environnement suisse très contraignant."


Bref historique. Pour bien comprendre la situation actuelle, un petit retour en arrière est nécessaire : Avant 1990, la valeur de la production agricole était de 14 milliards. Avec une politique très protectionniste. Il fallait produire et le progrès technique offrait cette possibilité. Cependant, les conséquences négatives ont suivi : Impact négatif sur l’environnement, image de l’agriculture écornée, qualité des produits en constante baisse, coûts d’importation élevés etc. Les coûts étaient de 10 milliards et le revenu agricole de 4 milliards. 45’000CHF/exploitation


En 1996, les agriculteurs se faisaient canarder sur la place fédérale. Ils n’étaient définitivement plus les héros de l’après-guerre. L’image de l’agriculture avait bien changé.


A suivi la PA que l’on connaît. La valeur de l’agriculture est aujourd'hui de 10 milliards CHF et il y a toujours 10milliards de coûts, ça n’a pas bougé. Les paiements directs (3milliards CHF) permettent d’atteindre un revenu agricole de 3milliards CHF 56’000/exploitation. Le revenu a évolué, mais à un bas niveau. Dans les extrêmes, les 20% moins bons s’en sortent toujours moins bien et les 20% meilleurs toujours mieux.

En échange de ces paiements directs, l’agriculture produit de la biodiversité. Cette stratégie a montré un bilan positif au niveau de la qualité des produits, de l’écologie et de la biodiversité, de l’image de l’agriculture.

En parallèle, la valeur des produits agricoles s’est dégradée et l’identification des paysans à la PA n’existe plus. Faute à la complexité du système. Résultat, la protection de l’environnement et l’agriculture sont 2 mondes qu’on oppose de plus en plus, mais qui devraient travailler ensemble le plus possible. La charge administrative, la compétitivité internationale et la complexité du système sont les points négatifs de cette PA.

"L'identification des paysans à la PA n'existe plus."


Evolution future. Bien que les paiements directs soient étroitement liés à l’augmentation de la biodiversité. Le budget sera de plus en plus difficile à défendre. Il faut indéniablement optimiser les coûts. Sur ce point il y a encore de la marge. Mais aussi des questions. Pourquoi les fermages sont restés si hauts ?

Un espoir reste que, en principe, si les prix du marché baissent, les coûts devraient suivre aussi…


Si l’on regarde les marchés, l’ouverture des frontières va se poursuivre. La vision protectionniste n’a pas d’avenir. La croissance est un objectif de la Confédération et l’exportation est la seule possibilité d’atteindre cet objectif.


Si les consommateurs sont prêts à payer plus, il faut aussi leur offrir plus. Leurs exigences sont de plus en plus fortes et il faut assurer ! La défense de l’utilisation de produits phytos deviendra de plus en plus difficile. La pression sera toujours plus forte sur les produits non-différenciés. Il faut tirer son épingle du jeu en se différenciant. Si on veut conserver des prix plus élevés avec l’ouverture des frontières, il faudra montrer ce qu’on fait de mieux que les autres et qui justifie un prix plus élevés. Les Labels et les normes suisses doivent vraiment être valorisés.


Conclusion.

- Le secteur agricole est porteur.

- C’est sûrement le secteur économique qui a fait le plus de réflexion sur le plan du Développement durable.

- Il faut savoir dire stop lorsqu’on n’a plus de plaisir à ce que l’on fait.

- Il faut oser être critique envers la génération d’avant aussi.

- Les producteurs doivent faire le pas vers le consommateur


Discussion

Quelle est l’importance de l’autonomie alimentaire ? La dernière fois que la Suisse a souffert d’une famine, c’était en 1816. En fait, profiter des importations permet d’assurer l’alimentation. 1914, 15% de céréales panifiables consommés en Suisse étaient produits sur le territoire ! Suite à quelques craintes apparues lors des 2 guerres mondiales, cela a été rétabli. Il faut assurer un certain minimum, mais ce n’est pas ça qui remplira les poches des agriculteurs. Pour Michel Darbellay, on a tendance à produire plus dans certains secteurs pour assurer une autonomie calorique, mais il ne faut pas engorger les secteurs. Il faut écouter les demandes extérieures à l’agriculture. La différenciation entre les produits étrangers et suisses s’amoindrit. Il faut assurer la qualité et le montrer au consommateur.

" La dernière fois que la Suisse a souffert d'une famine, c'était en 1816."


Comment ce statut d’entrepreneur-agriculteur évoluera-t-il ? Sera-t-on bientôt employé sur sa propre exploitation ? En cas de crise, ce ne sont pas les distributeurs qui couvriront les prix. Il faut que les agriculteurs s’approprient les marques et les marges.


L’esprit entrepreneur est difficile à préserver, la marge de manœuvre baisse avec l’augmentation des contrats etc. La génération actuelle est en plein doute et ne sait pas dans quoi il faut investir.

Pour la génération précédente, le marché était assuré. L’économie de marché actuelle est beaucoup plus incertaine. Pour Marc Ritter, Président du groupe des JAJ, on ne tient pas le couteau par le manche. On n’a pas la possibilité d’être aussi entrepreneur que ce qu’on aimerait.


Une certaine qualité de vie, une sécurité etc. sont des choses à s’assurer. Il existe autant de stratégie que d’exploitations. Et ces stratégies ne sont pas à opposer. Chacun doit chercher sa voie.


Il faut aussi accepter que tout le monde ne puisse pas être entrepreneur. On peut aussi se faire épauler par un conseiller, des collègues ou autre La responsabilité et le fait de supporter le risque n’est pas donné à tout le monde.

Si le monde agricole pouvait s’entendre, beaucoup de choses deviendraient possibles.

Martin Pidoux présente la situation de l'agriculture d'hier, d'aujourd'hui et de demain